Erik Truffaz & Antonio Lizana –
New Sketches of Spain : l’héritage incandescent

L’édition 2026 aurait dû s’inscrire dans une continuité qui fait de ce festival un événement reconnu dans la région et ailleurs pour la qualité de sa programmation et le professionnalisme de son organisation. Pourtant, la décision du maire de Vauvert, Nicolas Meizonnet (RN), d’annuler l’événement, pour des raisons politiques, a bouleversé cet équilibre patiemment construit. Face à cette situation inattendue, les organisateurs ont choisi de ne pas renoncer : en relocalisant le festival à Vergèze, ils affirment leur volonté de faire vivre ce projet culturel coûte que coûte, et de préserver l’esprit d’un festival qui, année après année, fait du jazz un véritable espace de rencontre et de partage. Tous les acteurs du jazz dans le Gard se sont mobilisés ! La Région, le Département, la Maire de Vergèze ont permis ce miracle en aidant par tous leurs moyens, souvent financiers. Mais il faut aussi souligner l’aide des artistes eux-mêmes, de leurs agents, des entreprises liées à l’événement et du personnel salarié ou bénévole du Festival.

L’aspect politique passé, les spectateurs nombreux ont pu apprécier un des points forts de cette édition 2026, la proposition d’Erik Truffaz et d’Antonio Lizana pour une première, leur spectacle New Sketches of Spain, un hommage et une relecture du disque de Miles Davis.

Rappelons que le disque Sketches of Spain, enregistré en novembre 1959 et en mars 1960 avec des compositions et des arrangements de Gil Evans est considéré comme un des plus grands albums de tous les temps. Il a créé la polémique à l’époque, car peu de place était laissée aux improvisations. Le spectacle de Samedi respecte cet aspect en présentant de larges parties écrites.

Aujourd’hui, cet héritage trouve une résonance nouvelle dans New Sketches of Spain, rencontre vibrante entre Erik Truffaz et Antonio Lizana. D’un côté, le trompettiste suisse, figure majeure de l’électro-jazz, au souffle reconnaissable entre mille ; de l’autre, le chanteur et saxophoniste andalou, étoile montante du flamenco jazz, capable de faire dialoguer tradition et modernité avec une intensité rare.

Sur scène, ils sont entourés d’un collectif d’exception : Ana Perez à la danse, Renaud Gabriel Pion à la clarinette basse, Oscar Lago à la guitare, Arin Keshishi à la basse électrique, Manuel de la Torre à la batterie et Vincent Thomas aux percussions. Ensemble, ils ne revisitent pas simplement une œuvre : ils la réinventent.

Dès les premières notes, la trompette feutrée de Truffaz ouvre des paysages nocturnes, bientôt traversés par le chant incandescent de Lizana. Sa voix, profondément enracinée dans le flamenco, porte une émotion brute, presque tellurique. Le saxophone, lui, prolonge cette plainte, la transforme, l’élève.

La danse d’Ana Perez ajoute une dimension charnelle à cette musique : chaque geste prolonge le rythme, chaque frappe devient percussion. Le groupe, quant à lui, tisse une toile sonore riche, mêlant textures électroniques, pulsations jazz et racines ibériques. Le passé et le présent s’entrelacent, dans une tension toujours féconde.

Cette nuit-là, aidée peut-être par la chaleur, Vergèze s’est un peu rapprochée de l’Espagne et de l’Andalousie.

Marc Criado pour CultureJazz le 3 juillet 2026

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