Banal / Exotisme






























Ces images ne sont pas des photos de voyage. La série est une réflexion dans laquelle j’aimerais vous embarquer sur un thème qui me passionne et qui devrait toucher tous les voyageurs : « l’exotisme et le banal ».
Ma fille travaillait à Cuenca, en Équateur. Je suis resté chez elle pendant un mois et durant ce mois, j’ai marché tous les jours, à la même heure, parcourant les mêmes rues et les mêmes places. Difficile en arrivant de ne pas être pris par l’exotisme d’une ville comme Cuenca. Églises baroques, indiens et indiennes portant des chapeaux, des jupes plissées de couleurs vives, tout est là pour vous transporter ailleurs mais, je ne voulais pas tomber dans cet exotisme et photographier ces clichés touristiques.
Au bout d’un certain temps, j’ai vite compris que, tous les jours, les mêmes personnes étaient aux mêmes places. L’appareil photo est un outil merveilleux pour entrer en contact avec les gens. J’ai commencé à les connaître un peu et eux, à me repérer avec mon mètre quatre-vingt. Et peu à peu, l’exotisme s’est évaporé et la réalité a surgi. J’ai rencontré et parlé avec beaucoup de mères de famille élevant seule leurs enfants car s’il est une réalité en Amérique du sud, c’est l’inconstance des hommes. Et comme il n’y a pas d’école maternelle, elles amènent leurs enfants avec elles sur leur lieu de travail. Aujourd’hui, partout où on va, on rencontre des Vénézuéliens ayant fui leur pays. Beaucoup de familles qui vivaient bien chez elles, sont obligées de vendre des maillots de football ou ce qu’elles peuvent. J’ai rencontré un jeune homme aux yeux incroyables qui a dû arrêter ses études de droit et fuir son pays. Il vend des bonbons, des cigarettes à l’unité en attendant que les choses changent.
J’ai eu de belles discussions avec un footballeur, sélectionné en équipe nationale et qui a eu un grave accident. Après une grave dépression, il s’est reconstruit en jonglant avec un ballon aux feux rouges, les conducteurs le reconnaissent et lui donnent quelque chose. Toujours aux feux rouges, un clown présente un numéro de cirque, malgré une jambe appareillée. Je n’ai qu’à m’assoir sur un banc pour rencontrer l’armée des petits-vendeurs qui achète en gros et revend à l’unité fruits, légumes, babioles chinoises, vêtements… Tous ceux qui ont un talent le monnaient : cuisine, pâtisserie, maquillage et esthétique, réparations en tout genre, artisanat...
Aucun misérabilisme dans mon constat car ces gens vivent, rirent, profitent de la vie et ont des rêves. En plus l’Équateur est un pays où il existe un État social qui s’occupe de sa population et, à Cuenca, on ne voit pas d’adolescents trainant dans les rues.
Voilà, je ne sais pas si vous partagez mon point de vue mais pour moi, l’opposition entre exotique et banal révèle plus de notre regard sur le monde que des choses elles-mêmes. Pour changer, ce regard a besoin de temps, d’intérêt pour les gens. Après le flash de l’exotisme, le banal est là et il n’est pas triste. Apprendre à voir l’extraordinaire dans l’ordinaire, c’est peut-être une des clés de l’émerveillement. J’espère que mes photos le montrent.
